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Retour sur la 87ème AG de l’HOTREC à Bruxelles

jeudi 25 janvier 2024, par Melanie Roi

Les conférences

Piloter le futur : tracer le chemin pour le tourisme et l’hôtellerie-restauration

Le premier enjeu pour assurer l’avenir est d’obtenir les données du tourisme et de l’hôtellerie-restauration. Elles permettent d’avancer sur les réglementations pour bien les calibrer. Le Parlement européen a également essayé, mais sans succès, de faire voter un budget dédié au tourisme européen, et ce malgré les crises que l’Europe vient de traverser et l’impact qu’elles ont eu sur ce secteur. Il est enfin nécessaire de fournir des outils réels au secteur pour le booster au vu de son poids dans l’économie européenne au sens large comme dans chacun des pays membre. Un Commissaire au tourisme pourrait être créé pour que ce secteur soit traité à sa juste valeur dans les politiques européennes.

Le tourisme est traité au Parlement européen par la commission parlementaire au Transport. Néanmoins ils émettent des avis sur des réglementations plus larges notamment autour du numérique comme l’IA Act ou le développement des compétences. Toutes les innovations autour du tourisme sont étudiées de près, que ce soit le métavers ou le développement des applications dédiées aux touristes et qui reposent sur une large collecte de données. Les cyberattaques sont de ce point de vue également étudiées de près en vue d’un potentiel texte autour de la cybersécurité.

L’accent a également été mis sur la perspective sociale de la durabilité. Le panel a bien insisté sur l’importance pour le secteur de prendre le virage durable mais de ne pas le limiter aux aspects environnementaux mais également sociaux dans l’accessibilité des touristes et l’insertion du tourisme dans la société.

Que pouvons-nous apprendre du secteur hôtelier américain ?

Troy Flanagan, Président des affaires publiques et des relations sectorielles de l’association américaine des hôtels et des hébergements est intervenu pour présenter ses enjeux de l’autre côté de l’Atlantique. Depuis la pandémie des enjeux de recrutement sont apparus avec des difficultés à recruter des étrangers avec la fermeture des frontières, spécifiquement s’agissant de saisonniers. Ils travaillent donc à une réforme de l’immigration pour permettre l’employabilité d’étrangers. Le développement durable est aussi au cœur des sujets de l’hôtellerie américaine. L’association a notamment travaillé à obtenir des incitations fiscales pour encourager les établissements à prendre le virage environnemental.

L’hôtellerie américaine fait également face au tourisme de masse et à la concurrence des meublés de tourisme qui contribue de façon non négligeable à ce phénomène. Dans certaines destinations les meublés de tourisme prennent sur le taux d’occupation des hôtels. De nombreuses réglementations ont été prises et d’autres sont encore en cours notamment face aux grands investisseurs qui font de l’hôtellerie déguisée par l’achat d’immeubles entiers ou d’un très grand nombre de meublés. L’objectif n’est en revanche pas d’interdire les meublés de tourisme mais bien de limiter les effets de ce type de comportement, de ces investisseurs qui constituent une concurrence déloyale puisque dépendants de règles différentes. A noter que l’hôtellerie n’étant pas encadrée au niveau fédéral, il en va de même pour la réglementation des meublés de tourisme. Chaque Etat, voire chaque ville doit donc faire passer sa propre réglementation.

Les USA ont adopté une loi il y a 30 ans qui garantit aux plateformes numériques un statut de neutralité. Tout peut donc se passer sur ces intermédiaires, sans qu’ils n’en soient inquiétés. Le dernier combat de l’association américaine est la recherche avant tout de la transparence des prix sur les plateformes numériques le plus en amont possible de la navigation des internautes.

Adopter le web 3.0 : pourquoi le tourisme et l’hôtellerie doivent être prêts

La technologie change de plus en plus la vie des individus comme des entrepreneurs. Il est donc important d’avoir une stratégie d’avenir. Le tourisme est par définition se rendre dans des lieux inconnus. Les professionnels du tourisme ne doivent donc pas être frileux face à la nouveauté. Néanmoins cela n’induit pas le besoin d’aller vite ! Il faut prendre le temps de comprendre les innovations avant de s’y plonger. Le e-commerce a mis plus de 10 ans à réellement émerger.

Le métavers est un monde digital. On constate qu’en parallèle l’Union européenne accélère aussi au niveau virtuel que ce soit sur l’euro digital ou la carte d’identité virtuelle. Quel serait alors le rôle du secteur de l’hôtellerie-restauration dans ce nouveau monde, virtuel, alors que les établissements sont ancrés dans l’expérience réelle, dans la rencontre physique entre les gens ? Pourtant ce monde représente un nouvel écosystème, ce qui implique des besoins exclusifs pour des expériences phygitales. La question à se poser est : doit-on reproduire ce qui s’est passé avec internet et le e-commerce et regarder passer la technologie et attendre qu’il soit (encore une fois ?) trop tard pour réagir ? La 3D, le métavers, la réalité virtuelle et/ou augmentée vont permettre aux professionnels de promouvoir leurs services de manière plus immersives. Le monde économique, les clients comme les professionnels, n’est certes pas encore prêt pour un tel développement, mais il n’en reste pas moins nécessaire de rester attentifs à ces évolutions pour être prêts le moment venu.

Renforcer les capacités de la main-d’œuvre : dialogue ouvert sur l’employabilité

Sur le plan mondial comme européen ainsi que dans différents secteurs, on observe un manque de main d’œuvre et de compétences pour remplir les offres d’emploi. Pour certains entrepreneurs le focus est plutôt mis sur l’attitude des employés plus que sur les compétences qui peuvent s’acquérir par différentes formations et la pratique. De même le fait de traiter individuellement les demandes des employés (la mobilité pour l’un, la disponibilité pour d’autres…) permet de désamorcer des irritations et fidéliser les équipes. La réflexion est donc menée en « pack » au-delà du simple salaire.

L’image du secteur est encore en partie négative avec des journées à rallonge, aucun week-end et des salaires bas : typiquement une carrière qui ne permet pas l’équilibre avec une vie de famille. L’image est également grevée par l’idée qu’il s’agit avant tout d’emplois étudiants ou complémentaires plutôt que d’une réelle carrière. Enfin, il s’agit aussi de moderniser l’image des professions du secteur en prenant les virages numériques et environnementaux. De grandes campagnes de sensibilisation, notamment auprès des parents du secondaire, peuvent être menées au moment où des jeunes peuvent être intéressés par ce secteur. Sans surprise, cela nécessite néanmoins un budget. L’objectif n’en reste pas moins d’attirer et de fidéliser les salariés du secteur.

A noter qu’en Europe le problème est profond : une grande partie de la population est en dehors du marché du travail. Au-delà même des compétences il y a donc le besoin de remotiver les personnes de revenir sur ce marché et donc pour cela, le rendre attractif.

Le système de l’emploi est lent dans ses modifications, que ce soit par exemple sur les négociations salariales ou la création d’un poste ou encore la modification d’un titre. En moyenne en France cela prend 2 ans. Ces longueurs ne correspondent plus aux besoins d’évolutions des employés.

Il faut aussi prendre en compte les différences entre les générations d’employés. Certains vont rechercher la sécurité de l’emploi quand d’autres vont vouloir plus de flexibilité et/ou plus de sens à leurs missions et leurs taches. Ainsi peut-être que des personnes qui travaillent actuellement dans d’autres secteurs seraient ouverts à venir travailler dans l’hôtellerie-restauration, moyennant une reconversion. L’investissement des établissements dans ce type de profils est aussi à envisager pour s’ouvrir à un maximum de possibilités et multiplier les opportunités.

Explorer les pratiques durables dans l’hôtellerie et la restauration de l’UE

Bruxelles accueille en son sein une ferme urbaine qui cultive des légumes et des herbes aromatiques en aquaponie. Un architecte a en effet transformé les toits des anciens abattoirs et construits des bâtiments pour accueillir cette ferme urbaine qui produit des légumes (herbes aromatiques, graines germées, tomates cerises, aubergines, poivrons…) cultivés hors sol en hydroponie mais avec l’eau relativement naturellement fertilisée par l’élevage de poissons (des truites saumonées). Avec 4000m² de surface ils produisent annuellement plusieurs milliers de tonnes de produits revendus principalement au secteur de l’hôtellerie-restauration (en plus de quelques chaines de magasins) Le concept est conçu pour être quasiment autonome puisque l’eau des poisson sert à irriguer et fertiliser les plantes, les frigo des produits finis permettent grâce à une pompe à chaleur, le chauffage des serres et le réseau d’électricité fonctionne exclusivement grâce aux panneaux solaires également présents sur les toits.

Cette ferme urbaine est l’un des fournisseurs de The Hotel (l’hôtel qui a accueilli l’Assemblée générale de l’HOTREC). Cet établissement veille depuis 2019 à repenser ses approvisionnements en nourriture pour limiter son impact carbone. Ainsi entre 2019 et 2023 l’empreinte carbone de cet hôtel a diminué de près de 45% rien que sur cet axe de restauration avec un rééquilibrage des produits choisis et des fournisseurs plus responsables et locaux. Cela nécessite une bonne compréhension de l’ensemble des équipes, notamment en cuisine, car cela impacte les menus proposés par exemple, moins de viande de bœuf, compensée par légèrement plus de volaille et de poisson mais également par beaucoup plus de fruits et légumes de saison.